Histoire des théories de la communication

Mattelart A. et M., Histoire des théories de la communication, La découverte,123 p., 2004.

La notion de communication revet une multiplicité de sens et se situe au carrefour de plusieurs disciplines aussi diverses que la philosophie, l’histoire, la géographie, la psychologie, la sociologie, ll’ethnologie, l’économie, les sciences politiques, la biologie, la cybernétique ou les sciences cognitives.
L’ouvrage de A. et M. Mattelart, Histoire des théories de la communication, essaie de rendre compte de la pluralité et de l’éclatement de ce champ d’observation scientifique qui, historiquement, s’est insccrit en tension entre les réseaux physiques et immatériels, le biologique et le social, la nature et la culture, les perspectives micro et macro, le village et le globe, l’acteur et le système, l’individu et la société, le libre arbitre et les déterminismes sociaux. (p. 3) (Mattelart, 2004).

  1. L’organisme social

Le XIX siècle a vu naitre des notions fondatrices d’une vision de la communication commme facteur d’intégration des sociétés humaines. D’abord centrée sur la question des réseaux physiques et projetée au coeur même de l’idéologie du progrès, la notion de communication a englobé à la fin du siècle la gestion des multitudes humaines. La pensée de la société comme organisme, comme ensemble d’organes s’accquitant de fonctions s’acquitant de fonctions déterminées, inspire les premières conceptions d’une « science de la communication ».

  • La découverte des échanges et des flux

La division du travail

A la fin du XIII, chez Adam Smith, la communication contribue à l’organisation du travail collectif au sein de la fabrique et dans la structuration des espaces économiques. la révolution industrielle en Angleterre intègre la révolution de la circulation (voies fluviales, maritimes, terrestres).

En France, les physiocrates, auteurs de la maxime “laissez faire, laissez passer” proclament la nécessité, pour le despoote éclairé, de libérer les flux de biens et de main d’oeuvre eet de soutenir une politique de construction des vvoies de communication dont ils proposent la Chine en exemple. Quesnay élabore des tableaux de la circulation des richesses (1758) d’où émerge une vision macroscopique des flux. En 1789 la révolution libère ces flux et tend à l’unification du territoire en adoptant tout un train de mesures.

En 1794 est inauguré, à des fins militaires, le télégraphe optique de Claude Chappe.

Les travaux de John Stuart Mill, entre autres économistes, préfigurent”un modèle cybernétique de flux matériels avec les flux feedback de l’argent comme information”. Le concept de division du travail amène Charles Babbage à penser la “division du travail mental” et à élaborer la “machine à différence” et la “machine analytique”, ancetre des grands calculateurs électroniques qui ont précédé l’invention de l’ordinateur.

Le réseau et la totalité organique

Un autre concept clé est celui du réseau. Saint Simon (1760-1825) renouvelle la lecture du social à partir de la métaphore du vivant. La société y est conçue comme système organique, enchevetrement ou tissage de réseaux, mais aussi comme “système industriel”, géré par et comme une industrie. Une place stratégique est accordée à l’aménagement du système des voies de communication et à la mise en place d’un système de crédit. A l’image de celle du sang pour le coeur humain, la circulation de l’argent donne à la société-industrie une vie unitaire.

Sur le second versant du XIX, Herbert Spencer (1820-1903) fait avancer la réflexion sur la communication comme système organique. Sa “physiologie sociale” porte à l’extreme l’hypothèse de la continuité de l’ordre biologique et de l’ordre social. Une société-organisme de plus en plus cohérente et intégrée, où les foncctions sont de plus en plus définies et les parties de plus en plus interdépendantes. Dans ce tout système, la communication est une composante de base des deux “appareils d’organes, le distributeur et régulateur. A l’image du système vasculaire, le premier (routes, canaux, chemin de fer) assure l’acheminement de la substance nutritive. Le second assure l’équivalent du système nerveux. Il rend possible la gestion des relations complexes d’un centre dominant avec sa périphérie. C’est le role des informations (presse, pétitions, enquetes) et de l’ensemble des moyens de communication par lesquels le centre peut “propager son influence (postes, télégraphe, agences de presse). Les dépeches sont comparées à des décharges nerveuses qui communiquent un mouvement d’un habitant d’une ville à celui d’une autre.

L’histoire comme développement

Autre notion fondatrice d’une analyse des systèmes de communication, celle de développement. Auguste Comte conjugue le concept de division du travail avec les notions de croissance, de perfectionnement, d’homogénéité, de différenciation et d’hétérogénéité, qu’il emprunte à l’embryologie. L’histoire est conçue comme la succession de troisétats ou trois ages : tfhéologique ou fictif, métaphysique ou abstrait et finalemeent positif ou scientifique.
Le darwinisme social transforme cet ordre de succession chronologique en échelle dans l’ordre moral, voire dans l’ordre des races : seul le passage par les stades à travers lesquels ont transité les nations qui se disent civilisées est garant d’une évolution réussie.
De cette représentation du développement des sociétés humaines comme « histoire en morceaux » (fernand Braudel), émanent les théories diffusionnistes : le progrès ne peut venir à la périphérie que de l’irradiation par les valeurs du centre.
En 1897, l’ Allemand Friedrich Ratzel (18844-1904) jette les bases de la géopolique qui se donne pour objet d’étudier les relations organiques que l’etat entretient avec le territoire. Réseaux et circuits, échanges, interaction mobilité sont des expressions de l’énergie vitale ; réseaux et circuits « vitalisent » le territoire. L’espace devient l’espace vital.

2 . La gestion des multitudes

La statistique morale et l’homme moyen

Dans les deux dernières décennies du XIX se forme la problématique de la « société de masse » et des moyens de diffusion de masse qui lui sont corrollaires.
Vers 1835 Quételet (1796-1874) fonde une science de la mensuration sociale baptisé « physique sociale » dont l’unité de base est l’ »homme moyen ». De cette science se dégage les lois d’un ordre moral qui serait parralèle à l’ordre physique. Par l’institutionnalisation du calcul des probabilités se dessine un nouveau mode de gouvernement « la société assurantielle » (Ewald, 1986). La technologie du risque et la raison probabilitaire en oeuvre dans le domaine des assurances se transfèrent dans le champ politique et deviennent outils de gestion des individus pris en masse. Ce modèle fonde la sécurité d’un individu qui se sent partie d’un tout, lié qu’il est par un contrat (et donc une dette) dès sa naissance, comme il fonde l’interdépendance des nations. La notion biomorphique d’interdépendance assieds à son tour l’idée d’une communication néccessaire.
Si la typologie des lecteurs fait une première apparition dans la gestion des médias dès la création des magazines féminins dans l’avant dernière décennie du XIX aux Etats -Unis, et se parfait sous le fordisme des annéees 20, il faut attendre les années trente pour voir la raison probabilitaire s’exxprimer dans la rationnalisation de la communication de masse.

La psychologie des foules

Les débats qui s’ouvrent sur la nature politique d’une opinion publique récemment libérée des contraintes imposées à la liberté de presse et de réunion suscitent l’apparition de la « psychologie des foules ». Elle est formulée par Scipio Sighele (1868-1913) et Gustave Le Bon (1841-1931). L’un comme l’autre souscrivent à une vision manipulatoire de la société.
Sighele (en 1891) extrapole la « psychologie individuelle à la « psychologie collective ». Sous le concept de « crimes de la foule», il range toutes les « violenes collectives de la plèbe », des grèves collectives aux soulèvements publics. Dans toute foule il y a des meneurs et des menés, des hypnotiseurs et des hypnotisés. Seule la « suggestion » explique que les seconds suivent aveuglément les premiers. Le journaliste -celui de la littérature de procès-, en particulier-est dépeint comme un meneur et son lectorat comme « le platre mouillé sur lequel sa main met son empreinte ».
Le Bon, opposé aux idéologies utilitaristes, condamne toutes les formes de logiques collectives qu’il interprète comme une régression dans l’évolution des sociétés.
A ces auteurs Gabriel Tarde (1843-1904) rétorque que l’age des foules appartient déjà au passé et que la société est en train d’entrer dans l’ »ère des publics. A l’inverse de la foule, concert de contagions psychique essentiellement produites par des contacts physiques, le public ou les publics, produit de la longue histoire des moyens de transports et de diffusion, « progressent avec la sociabilité ». On n’appartient qu’à une seule foule à la fois. On peut faire partie de plusieurs publics à la fois.
En 1921, Sigmund Freud (1856-1939) critique ce qu’il appelle la « tyrannie de la suggestion », comme « explication magique » de la transformation de l’individu. Il recourt au concept de libido. « Si l’individu isolé dans la foule abandonne sa singularité et se laisse suggestionner par les autres, il le fait parce que le besoin existe en lui d’etre ave eux en accord, plutot qu’en opposition, et donc de le faire « pour l’amour d’eux. » (Freud, 1921).
La psychologie sociale de Tarde est en franche opposition avec la sociologie positive d’Emile Durkheim (1858-1917).f Tarde lui reproche de considérer les phénomènes sociaux détachés des sujets conscients qui se les représentent et de les traiter du dehors comme des choses extérieures.
Rendre compte de la nature subjective des interactions sociales pour éviter de réifier les faits sociaux : l’objectif de Tarde rencontre le projet de Georg Simmel (1858-1918). A une sociologie organiciste encline à ne voir dans les conduites individuelles que des réactions à un « donné », à des « faits sociaux » extérieurs, le sociologue Allemand s’intéresse aux menus objets de la vie collective au quotidien. C’est là qu’il pense le mieux déceler le double processus paradoxal qui caractérise le social, fait de ces réalités complémentaires et concomitantes, la “sociation” et la “dissociation”.

La première qu’il exprime par la métaphore du pont (Brück) correspond à la capacité de l’individu d’associer ce qui est disjoint, dissocié.
La seconde, traduite par la métaphore de la porte (Tür), correspond à la capacité de disjoindre et lui permet d’accéder à un autre ordre de signification (Javeau, 1986 ; Quéré,1988).

Explore posts in the same categories: Communication, Fiches de lectures

One Comment on “Histoire des théories de la communication”


  1. je suis étudiant au Master; option communication et didactique des langues ; j’aimerais bien collaborer avec vous .
    merci pour les efforts déplyés pour la réussite de ce site.


Comment: