La pratique du journal, L’enquête au quotidien
Hess Remi, La pratique du journal, L’enquête au quotidien, Anthropos 144 p., 1998.
Introduction
Le journal est une forme de recueil de données, au jour le jour, des notes et des réflexions, des idées, des rencontres, des observations. L’objectif est de garder la mémoire d’une pensée qui se forme au quotidien dans la succession des observations et des réflexions (p1)Il n’existe pas de frontière clairement marquée entre les différentes formes du journal, et c’est ce qui peut rendre cette méthode douteuse pour l’épistémologue. (p2)
L’ethnosociologie est une discipline qui prend à l’ethnologie une perspective, une forme de regard et à la sociologie un objet. L’ethnosociologue peut être :
∑ un professionnel de la recherche
∑ un travailleur social qui analyse des pratiques pour comprendre et transformer,
∑ Ou un étudiant qui la pratique comme moyen de se former, de connaître une réalité.
Le regard de l’ethnosociologue est qualitatif, transversal et multiréférentiel. Tenir son journal consiste à rassembler au jour le jour ses observations, descriptions de situations vécues, rencontres, lectures, réflexions, analyse, impressions (p3).
On peut signaler, dans les temps modernes, le journal de bord qui raconte le vécu d’un groupe et est déstiné à être lu par d’autres. Il s’oppose ainsi, au journal intime qui prend pour objet le vécu personnel d ‘une personne. Le journal de lecture rassemble les réactions d’un lecteur à le lecture de livres écrits par d’autres ; citons encore le journal de l’ethnologue, de l’ethnographe, le journal institutionnel, le journal de recherche dans lequel le chercheur pointe à propos d’un « objet » ses hypothèses, ses trouvailles. Le journal de formation (p4).
Chapitre 1 : La question des origines.
L’origine du journal ethnosociologique se trouve dans les livres de raison. Il avaient pour mission de transmettre de génération en génération une culture de la famille, une histoire des grands événements familiaux. (p9)
Au XIXè charles de Ribbe :
On note la rigueur intellectuelle dont témoignent ces journaux qui viennent du moyen age.Ce sont des écrits paysans en contrepoints des écrits des chroniqueurs de princes, des historiographes.
Il existe deux sources dans cette période : les textes laissés par les notaires et surtout les livres de raison.
Il s’appuie sur un livre de raison tenu de 1477 à1521 par Jaume Dydier où l’on peut suivre l’histoire de cette famille à travers treize générations.
Le livre de raison est intermédiaire entre la monographie de famille et le journal. Ils sont tenus même dans des classes très modestes.Tous les genres d’intérêts y sont réunis. S’y fixent à la fois l’histoire d’une famille puis le tableau d’une vie active de quarante-cinq années (p11).
En tête est une généalogie, viennent ensuite l’état des propriétés, l’œuvre rurale accomplie, les comptes de ménage, des statistiques et une chronique s’étendant à la commune elle-même. Il y a une table des matières paginée qui en fait un chef d’œuvre de méthode, de clarté et de précision.
On trouve dans cet exemple matières à réflexion :
∑ Le livre de raison a un objet précis : l’histoire de la famille, écrite au jour le jour, après l’avoir contextualisée.
∑ Il bénéficie d’une forme d’index qui permet de se repérer dans la matière constituée.
∑ A ce livre on joint des documents annexes (p13).
Michel de Montaigne (1533-1592) :
Montaigne n’a pas tenu de journal de raison, ce qu’il regrettera (chapitre XXXIV des essais)
Son père, lui, faisait écrire un journal par un scribe . Un journal insérant toutes les survenances de quelque remarque, et jour par jour, les mémoires de l’histoire (p.14)
Pourquoi tenir un journal ?
Il s’agit de garder une trace des choses que l’on fait, que l’on vit, que l’on découvre.
On sent deux directions dans le journal du père de Montaigne :
∑ Un aspect familial . L’écriture s’est faite au fur et à mesure et on cherche à
laisser une trace. Transmettre s’inscrit dans un projet qui prend en compte le temps, la temporalité. Cette forme de communication différée vise à informer de faits précis que l’on oublierait si on ne les notait pas. Certains répertoires font partie du livre de raison.(p15) exemple le carnet de bal qui était un signe d’entrée dans la vie sociale.
∑ Garder des traces sur la vie de la maison au sens de l’entreprise.
Aujourd’hui on ne garde guère de traces de la vie groupale d’une maison. Le père de Montaigne voit l’intérêt des archives, l’intérêt de garder des traces ordonnées des grands moment de la vie de sa maison . Tenir un journal institutionnel de la vie collective pour faire pendant au travail comptable. L’exercice comptable entraîne un rapport au temps assez linéaire. Or la vraie vie d’une entreprise passe par des moments de routines, mais aussi par des moments de ruptures, des moments stratégiques, des moments « socianalytiques » où les fondements de l’activité sont requestionnés. L’image d’une entreprise se construit aussi à travers des relations avec l’environnement.
Tenir un journal a donc une finalité pratique : garder la mémoire de ce que l’on fait, individuellement ou collectivement …C’est un outil d’analyse interne à une maison, à un établissement (famille ou entreprise)(p17)
La méthode du journal comme organisation du rapport au temps, rapport à la temporalité de la journée, mais aussi celle de l’année, celle de la vie.
Chapitre 2 : Le diarisme comme méthode de gestion de son temps et organisation de vie.
A quelle époque l’idée de tenir un journal est elle entrée, dans les principes éducatifs, comme outil pour bien gérer sa vie, outil permettant d’en être le sujet, tant sur le plan physique que moral ou intellectuel ?
Il est certain que la méthode est totalement au point en 1808 :
« Essai sur une méthode qui a pour objet de bien régler l’emploi du tems, premier moyen d’être heureux : à l’usage des jeunes gens de l’age de 16 à 25 ans ; extrait d’un travail général, plus étendu, sur l’éducation, » par Marc Antoine Julien.
M A. Jullien se réclame d’une série d’auteur anglais ou français qui l’ont précédé.
Bacon (1561-1626), Locke (1632-1704), Young (1741-1820).
La date de 1808 est largement postérieure aux idées énoncées dans ce livre mais la systématisation de M A Jullien est vraiment exceptionnelle :
∑ Il fonde l’idée de tenir un journal par rapport à un projet éducatif global que l’auteur prend soin de nous résumer.
∑ Le journal est un outil d’observation et d’appropriation de la connaissance.(p21)
Une éducation du rapport au temps.
La raison, l’observation, l’expérience
Pour M-A Jullien, la véritable éducation commence lorsque « la raison reçoit ses premiers développements, où l’âme essaye, pour ainsi dire, ses forces et ses inclinations, où l’esprit acquiert de la vigueur et de la consistance, où le jugement se mûrit,où le cœur conserve encore sa pureté primitive, où le jeune homme enfin, peut avoir la conscience de lui même, réfléchir avec fruit sur sa destination, et se tracer un plan de conduite, basé sur des principes dont il s’est rendu compte. ». Cette seconde éducation est importante car « les impressions qu’elle laisse sont plus durables, et modifient communément, pour le reste de la vie, nos opinions et nos sentiments ; cette éducation peut et doit être continuée jusqu’aux dernières limites de l’existence. »
Il y a chez M-A Jullien une idée de l’éducation qui ne dissocie pas formation initiale et formation continue. L’éducation est un processus permanent. « Tant que la vie se prolonge, il dépend d’un homme d’exercer sur lui l’action et l’influence de sa raison, de ses observations, de son expérience. »
Comment tirer du temps tout le parti possible « Le bon emploi du tems est une véritable science qui a besoin d’être acquise par l’étude, comme les autres connaissances humaines »
1. La méthode
2. Plusieurs étapes constituent cette méthode :
∑ Il s’agit de trouver le fondement de l’action ; de définir une « finalité » ou un « objectif ».
∑ Il faut évaluer en quoi la journée qui vient de s’écouler a été employée tant sur le plan du cœur, de l’esprit ou du corps.(p25)
« Cet examen fugitif et rapide occupe précisément une portion de tems perdue pour tous les hommes, et qui est ainsi retrouvée et employé de la manière la plus fructueuse…. On se rend un compte exact et sévère de l’emploi de tous ses instants… La vie entière devient une école pratique »
∑ Il ne faut pas se borner à un acte de pure méditation et de réflexion.
Mais « fixer le résultat par écrit dans un mémorial divisé en trois colonne, dont chacune sera tenue journellement. Le compte-rendu de ses actions, de ses discours et de l’emploi de son tems ; on aura un tableau journalier analytique de sa situation et de sa conduite… »(p.27)
3. Effets de cette méthode :
Douze « habitudes précieuses » résultent de cette méthode.
En définitive « on se fait à soi même des règles de conduite fixes et invariables, fruit de l’expérience et de la réflexion « On dispose d’un point d’appui, c’est la question « A quoi cela est il bon ? « (p28)
4. Comment améliorer encore cette méthode ?
« Outre le mémorial journalier dont on a parlé, trois cahiers particuliers ou un seul cahier, avec trois comptes ouverts et séparés, pour les développements à donner à chaque branche, à mesure qu’il se présente une observation utile, ou un article intéressant à écrire »
Dans la vie on utilise le temps de deux manières différentes un peu à la manière d’une fortune.. Il y a une partie de notre richesse que l’on utilise à consommer pour sa survie l’autre à d’autres emplois « suivant la volonté du propriétaire soit à des choses d’utilité réelle, présente ou à venir, et de commodité, soit à des objets de pur agrément ou de luxe frivole, ou à des dépenses de caprice et de fantaisie, totalement inutiles.
Si l’on s’observe travailler, l’écriture du journal transforme du « temps obligé » en matière pour l’observation et l’étude.
Que peut on ,que doit on observer et décrire dans un journal ?
Chapitre 3 : Que noter dans un journal ? Observations et descriptions
« Comme tout est mêlé de bien et de mal dans le monde, il convient de s’attacher, dès qu’on rencontre une difficulté ou un obstacle, à s’en emparer pour le convertir en élément de succès. » Dans ce rapport à la vie se trouve la matière du journal qui transforme le quotidien répétitif et ennuyeux en expérience. Le journal est une sorte de pierre philosophale, permettant de transformer le plomb en or. »
Il convient, selon M-A Jullien de tenir trois journaux particulier concernant le corps le cœur et l’esprit.
1 Journal du corps
2 Journal Moral
Les réflexions véritablement utiles et d’une application pratique, qu’on aura l’occasion de faire chaque jour ; (p32)
Tout ce qui tient enfin aux caractères, aux mœurs, aux coutumes, à la connaissance et à l’usage du monde, partie essentielle de l’éducation. (p33)
« vos fautes et vos malheurs servent à vous instruire ; les fautes et les malheurs des autres deviennent pour vous des leçons toujours présentes.
L’état habituel de réflexion et de retour sur soi-même neutralise les passions et forme à une vraie philosophie pratique.
En fait, le journal moral aide à se connaître soi-même(p34)
Les observations qui entrent dans le journal moral permettent de conquérir une indépendance, une identité particulière, une sagesse.
3 Journal intellectuel
Il se compose « d’articles détachés, élémentaires et instructifs, sur les différentes branches des sciences, sur lesquelles on aura l’occasion d’entendre discuter des hommes éclairés »
« Il se rend compte, chaque soir, des discussions qu’il a pu recueillir ; il les résume dans son journal, après les avoir digérées et mûries, e, les méditant ; car on retient mieux ce que l’on a fixé dans son entendement par la réflexion : on exerce par là son esprit, on se fait toujours des idées justes et on apprend à penser. »
4 Comment retrouver ses idées ou observations
Une table des matières permet :
« de rapprocher tous les articles écrits séparément sur le même objet.
L’indexicalisation qui permet de pouvoir exploiter un journal d’une manière construite et transmissible. »on ne parvient pas au cœur des sciences, mais cette méthode permet d’en acquérir tout de même l’essentiel, et dans tous les domaines. »
De plus, le journal permet de former son jugement, sa mémoire et son style.(p36)
5 L’enquête au quotidien et l’ouverture de journaux thématiques
On peut avoir autant de journaux séparés qu’on a d’ouvrages particuliers à extraire et de sciences ou d’objets d’études, dont on veut réunir et recueillir les notions détachées, pour en former un ensemble.(p38-39)
6 Faut-il passer sa vie à écrire des journaux ?
A l’intérieur d’une vie, il est des périodes où le contexte favorise ou suscite ce type de travail.Le recours au journal peut s’imposer comme une ressource pour valoriser une période de sa vie où se consacrer à l’étude s’impose à soi comme une nécessité, comme une urgence
7 Le diarisme comme routine
8 Le risque de se perdre dans des détails insignifiants
Il faut séparer le bon grain de l’ivraie
Chapitre 4 Le journal comme témoignage
(De Paul Hess et Simon Gardan) Ils sont des sociologues profanes, des sociologues à usage domestique. Le domestique est une forme sociale qui comprend la famille et les proches.(p42)
l’écriture après coup est plus imprécise que l’observation directe des faits.
« S’il m’est donné plus tard de revoir mes carnets, je tiens à retrouver les particularités des journées tragiques qu’il nous a fallu traverser.
(du livre de P Hess)Il a pour point de départ des « notes » écrites in situ. Lorsque le climat le permet, Paul reprend ses notes de terrain et les développe sous la forme d’un journal parfaitement rédigé et calligraphié, lisible tel quel par un lecteur autre que lui. Cette seconde version a servi de base à l’élaboration finale de l’ouvrage tel qu’il est aujourd’hui.
La troisième version intègre des articles tirés de la presse. Il y adjoint des textes postérieurs qui viennent éclairer son propos(p44)
La table alphabétique, la conception de cet outil exigeait un travail complexe spécifique.Fabriquer une telle table suppose, en effet, une relecture analytique du texte.On choisit des mots-clés qui ont une importance stratégique.
L’enrichissement rédactionnel n’a qu’une visée : rendre encore davantage plus lisible son journal pour un lecteur extérieur. Il se veut aussi médiateur entre son vécu et son lecteur.
Ecrivant pour un lecteur possible, il veut rendre explicite l’implicite de ses notes de terrain.(p46)
Marcel Mauss :
L’ethnographie intensive qui « consiste dans l’observation approfondie d’une tribu, observation aussi complète, aussi poussée que possible, sans rien omettre.
Un journal qui constituera un répertoire facile à consulter.L’enquêteur établira un inventaire au fur et à mesure qu’il recueillera ses objets de collection.(p47)
Avant propos de Paul Hess.
Les notes ont été prises au jour le jour et pendant la durée. Mises au net dès qu’il était possible.
Le narrateur a tenu à incorporer à leurs dates, les documents probants.
Mu par le désir de laisser le souvenir écrit des souffrances morales.(p48)
Son écriture s’inscrit dans la tradition des livres de famille.(p50)
La fonction du tiers dans la décision de se mettre à écrire.(p52)
L’écriture inscrit la famille, la fait exister.
On a besoin d’être confirmé qu’un corpus constitué aurait un intérêt si on le reprenait.(p53)
Stimulé par la concurrence.(p57)
Le document prétend répondre à une véritable méthodologie et c’est sans doute cet aspect qui m’a impressionné
Outre la quotidienneté, ce qui fait le principal intérêt de cet ouvrage, c’est d’une part les commentaires et d’autres part l’observation et le comptage
Ce document contient un certain nombre de faits, d’observations irréfutables. Chaque événement qui a paru d’une quelconque importance fait l’objet d’une situation très précise dans le cadre chronologique.(p59)
Cinq dimensions de ce journal peuvent retenir l’attention :
1 C’est un fragment d’un livre de raison d’une famille. A servi à La constitution d’une identité personnelle de tous les descendants
2 C’est aussi un fragment d’histoire locale
3 C’est un vrai manifeste de recherche ethnographique, une ethnographie de l’intérieur. C’est une posture hyper-moderne.(p60)
4 Une banque de données pour toute personne tentant de construire une « anthropologie interculturelle ».P. Hess décrit les dimensions individuelles, interindividuelles, groupales, organisationnelles, institutionnelles et leurs articulations.
5 Il s’agit d’une sorte d’analyse institutionnelle
Cet ouvrage peut aider à construire une histoire de l’écriture périphérique et montre l’importance des transmissions domestiques en ce qui concerne la lecture
Le journal comme outil de description des faits sociaux.
Comme moyen d’organiser des observations de terrain qui n’ont rien d’intimiste.
Deuxième partie : formes et méthode de la technique .
Chapitre 5 : Le journal, outil d’analyse interne.
Il y a une ressource exceptionnelle dans le journal pour mener à bien l’analyse institutionnelle des établissements dans lesquels on travaille. Le journal est un outil d’analyse institutionnelle.
1 Au départ du mouvement de l’analyse institutionnelle, il y a le contexte de la psychothérapie institutionnelle
« Il convient de soigner l’institution de soin » « en désaliénant les rapports sociaux, en tenant des réunions avec les malades, avec les infirmiers, en impulsant des coopératives, des clubs intra hospitaliers ».ces lieux d’analyse visent à débureaucratiser l’institution, à aider à la mission thérapeutique de l’hôpital.
Les institutionnalistes écrivent beaucoup, ils notent au fur et à mesure leurs hypothèses, leurs expériences, les résultats qu’ils accumulent…La grande quantité d’articles sont une sorte de méta-journal de leur activité interventionniste.
2 Dans le contexte de la pédagogie institutionnelle, le travail se
développait au niveau de la classe. L’auto gestion de la classe n’était pas sans effet analyseur sur l’ensemble de l’établissement.
3 G. Lapassade développe une action d’analyse interne à Paris VIII,
en s’appuyant sur les « institutions externes » pour créer de nouvelles institutions internes. Les tensions alimentent une production réflexive.
4 Elaboration par R. Hess de la méthode du journal institutionnel
comme « outil de l’analyse interne ». Une recherche menée sur le lieu de leur pratique sociale sans intervenants extérieurs
5 Chaque école, chaque collège, chaque lycée doit produire « son
projet d’établissement ».Parfois ce travail s’inspire de l’analyse organisationnelle, de l’analyse systémique….Mais dans un certain nombre de lieux, l’analyse institutionnelle est clairement affirmée pour penser les processus d’analyse interne en cours.
6 Réinvention des métiers d’intervenant « interne-externe ».
La pratique du pilotage est une réflexion approfondie sur les liens entre analyse interne et analyse externe.
7 R. Lourau et son invention du concept de transduction est
Essentielle pour la comprééhension de la logique particulière qui se développe dans la démarche de « découvreur » du diariste.
8 Emerge de l’analyse institutionnelle l’ethnométhodologie.
Analyse interne et socianalyse participante
La socianalyse participante. Mettant en relation l’analyse interne avec les formes de l’observation participante. L’analyse institutionnelle interne recouvre en fait des pratiques socianalytiques que l’on peut différencier selon la place qu’occupe le socianalyste vis à vis de la réalité qu’il analyse.
La socianalyse interne
La socianalyse participante active
La socianalyse participante périphérique
La notion de socianalyse interne désigne un champ de recherche très proche dans sa forme de la « nouvelle recherche-action » des Anglos saxons
L’ethno analyse des institutions
R. Hess veut faire tenir ensemble plusieurs perspectives. Confronter les concepts de l’AI (analyse institutionnelle) avec les recherches menées dans d’autres pays sur le terrain de l’ethnographie, de la recherche-action, de l’observation participante appliquée aux institutions éducatives et au monde des jeunes.
L’analyse suppose la description de l’ici et maintenant mais en situant les contradictions d’aujourd’hui dans leur contexte passé. A quel moments ont émerge telle ou telle contradiction ? Comment se sont elleslllll développées ? Comment influencent elles le vécu institutionnel d’aujourd’hui ? Comment déterminent elles la construction des situations d’aujourd’hui.. par cette analyse régresssive-progressive R. Hess veut opposer au concept de situation celui de moment. (p.80-81)
Ethno sociologie des institutions indique bien les dimensions de ce travail : description et analyse.
Le journal ethnosociologique apparaît comme un moyen privillégié de receuil de données intégrant à la fois la description des situations et la mise au jour des moments, bien qu’il soit dans sa situation d’écriture une observation de l’ici et maintenant, la capitalisation de cette mémoire de l’ici et maintenant permet d’identifier des situations répétitives, des formes sociales structurantes de la pensée, du vécu et de l’action : les moments. (82)
Chapitre 6 : Le travail d’indexicalisation
Le travail d’indexicalisation, la table alphabétique et analytique sont des outils qui permettent de réunir des faits, observations réflexions ayant trait au même objet.Cela demande une prise de distance. Le journal est considéré alors comme point de départ, comme corpus dont on cherche à faire l’analyse.
Il existe une différence entre l’index thématique et la table analytique. L’index ne prend en considération que les occurrences des mots utilisés. Il ne fonctionne pas pour les thèmes traités.L’auteur de la table analytique doit donc réfléchir pour construire lui-même cette table réflexive.(p84)
MA Julllien « il faut savoir diviser et réunir pour créer »
« Prendre isolément chacun des faits et des éléments d’une science, pour les associer et les coordonner. Les deux grandes méthodes d’analyse et de synthèse qu’on a trop employées séparément au lieu de les combiner . »
L’indexicalisation demande une extériorité et en même temps une intériorité(p85).
A la lecture d’une table alphabétique on s’aperçoit du sens a travers les thématiques qui s’en dégagent. Ce travail se fait par plusieurs lectures du texte, par approximations successives.Cela doit se faire dans une période rapprochée pour que l’on ait toujours à l’esprit le concept unificateur d’un même type de problème abordé.
Le diariste veut d’abord raconter au jour le jour ses trouvailles. Dans le journal ethnosociologique, l’auteur écrit pour l’autre. L’effort d’objectivation du journal que constitue la construction de la table alphabétique et analytique permet de sortir du confort de l’écriture journalière. Il est bon de limiter, dès le départ, sa pratique dans le temps
Le journal ethnosociologique se veut un journal ciblé, centré autour d’une problématique qui se précise, certes ,au fur et à mesure de son écriture, mais qui est tout de même posée au départ.(p87)
à suivre
octobre 21, 2008 at 2:27
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