Les systèmes autoréférentiels
d’après Danilo Martuccelli , Sociologies de la modernité (pp. 146-149), Gallimard 1999.
II. Les systèmes autoréférentiels
Un changement de paradigme
La théorie des systèmes de Luhmann part de de la transformation de la notion de système durant ces dernières décennies.
Cette transformation a entrainé des développements différents, parfois opposés :
a) Le problème de l’institution du social comme résultat de la division entre la société et un lieu extérieur à elle, véritable source de signification. L’étude de l’autonomie en tant qu’institution non maitrisable des significations
b) L’idée d’autorégullation du social. La « complexité par le bruit » avec une insistance particulière sur les idées de complexité, d’incertitude et de paradoxe.
- La première transformation marque le passage de la conception de système fermés à des systèmes ouverts qui échangent de l’énergie avec leur environnement.
- La deuxième, encore plus importante, décrite par le paradigme de l’ autopoiesis (H. Maturana). Il s’agit d’étudier les etres vivants comme des systèmes organisationnellement et informativement clos ( cloture qui n’est pas à confondre avec leur ouverture énergétique vers l’environnement). Cette cloture est la caractéristique majeure des systèmes autopoiétiques qui ont alors la capacité de produire leur propre organisation tout en conservant leur identité malgré les transformations effectuées. Chaque système autopoiétique définit sa propre information. C’est cette sélection de sens qui le caractérise le mieux. La connaissance n’est « qu’un pur produit de la cloture informationnelle du système sur lui meme ».
Pour Luhmann il y a trois grands systèmes autoréférentiels :
- les systèmes vivants (cellules, cerveaux, organismes)
- les systèmes psychiques
- les systèmes sociaux.
La notion d’autopoiesis permet de rendre compte tout autant de l’identité propre d’un sous-système que de sa capacité à produire, au travers des opérations qu’il effectue afin de réduire la complexité de son environnement, de nouvelles formes chaque fois plus complexes. L’autopoiesis désigne le processus par lequel un système définit son état futur à partir des limitations précédentes. L’autonomie du système souligne alors le fait que c’est seulement à partir d’opérations propres à un système que l’on peut déterminer ce qui est pertinent ou non pour lui, et sutout, ce qui lui est indifférent. Un système n’est pas forgé pour répondre à toutes les sollicitations de l’environnement.
Système et environnement
Un système, qui est un ensemble d’éléments en relation, se constitue à travers la production et le maintien d’une différence avec son environnement, en se servant de ses frontières afin de maintenir cette différence. Les frontières d’un système sont ainsi données par le domaine dans lequel le système exerce ses effets. En dehors de ces frontières, les éléments continuent à opérer à d’autres conditions, puisqu’ils peuvent devenir des éléments sélectionnés par un autre système. Chaque système développe alors une grande indifférence à son environnement, puisque ce n’est pas l’environnement, mais seul le système lui meme, qui peut décider de la nature des facteurs favorisant l’échange. Un système peut alors réagir de manière différente à des situations homogènes, puisqu’il peut se conditionner lui-meme en fonction de déterminations internes n’ayant pas de relations immédiate avec son environnement.
L’environnement comprend les éléments qui n’appartiennent pas vraiment au système meme sils peuvent l’influencer. Il faut distinguer l’environnement d’un système et les systèmes existant dans l’environnement. Chaque système a dans son environnement un complexe confus de relations toujours changeantes du type système-environnement.
Le progrès d’un système passe par de nouvelles limites et à terme par l’établissement de systèmes avec une autoréférentialité interne. Le système sera d’autant plus complexe qu’il aura un nombre plus élevé de relations et d’ouvertures. Or, étant donné cette constitution des systèmes, c’est à dire les interrelations sélectives entre éléments et une distinction système-environnement, il est clair que chaque système est impossible à déterminer pour les autres, ce qui exige la création de nouveaux systèmes afin de réguler cette impossibilité.
La théorie porte ainsi sur les liens entre l’observateur et l’observé, sur la manière dont les objets sont constitués par le biais de l’observation. La réalité n’est considérée qu’à travers les opérations d’observation qui réalisent un système. Toute connaissance n’est qu’une observation relative aux propres catégories d’un observateur. Les systèmes autopoiétiques présupposent d’autres niveaux de réalité mais tout ce qu’ils utilisent en tant que différence ou identité est de leur propre ressort. Dans la réalité, il n’y a rien qui corresponde aux catégories de la connaissance, puisque la réalité existe toujours d’une manière positive, pleine, tandis que la connaissance n’opère qu’à l’aide de distinctions qui, dans ce sens précis, ne correspondent directement à rien dans la réalité. Et pourtant la réalité a un rôle négatif ultime puisqu’elle sépare les connaissances acceptables et celles qui ne le sont pas. La réalité n’est pas niée, mais la garantie de la réalité se trouve désormais exclusivement dans les opérations du système, qui doivent se limiter à ce qu’elles obtiennent- et pendant le temps où cela s’avère possible.
décembre 8, 2006 at 4:39
Salut Manu
La “capacité de produire leur propre organisation tout en conservant leur identité malgré les transformations effectuées” dont tu parles me semble avoir à faire avec la résilience
Le résilient serait celui qui est capable après trauma de produire (reproduire) sa propre organisation tout en conservant son identité malgré les ruptures qu’il a du opérer. Il semble bien y avoir un rapport entre l’autopoïesis et la résilience. (
“L’autopoiesis désigne le processus par lequel un système définit son état futur à partir des limitations précédentes”)
“Le système sera d’autant plus complexe qu’il aura un nombre plus élevé de relations et d’ouvertures” : Là on entre dans la complexité et dans le concept de reliance.
C’est étonnant comme cette représentation du monde et de la connaissance induit une augmentation constante des systèmes sur le plan quantitatif (“chaque système est impossible à déterminer pour les autres, ce qui exige la création de nouveaux systèmes afin de réguler cette impossibilité.”). Je dirais qu’à la limite on ne cherche plus à comprendre le monde et la réalité mais à les reconstituer de façon asymptotique, et que du même coup notre seule action se résume à cela sans autre finalité.
La réalité est. Ce ue nous en faisons n’est que iction de la réalité.
A +
Yves
décembre 8, 2006 at 4:44
En d’autres termes, la complexité me semble être inopérante (ne pas aller dans le sens de l’être auteur), puisque trop proche de la réalité. Il lui manque la dimension critique (c’est san doute pour cela que Morin l’associe souvent à son concept de complexité) et surtout elle foncionne par analogie, reléguant la synthèse à une période dépassée.
Bon week
Yves
décembre 8, 2006 at 4:45
Ce ue nous en faisons n’est que iction de la réalité.
correction
ce que nous en faisons n’est que fiction de la réalité
décembre 10, 2006 at 1:18
Bonjour Yves,
“Chaque système autopoietique définit sa propre information. c’est cette sélection de sens qui le caractérise le mieux (…). Ce qui a permis à certains de conclure que dans cette conception il n’y a plus de distinction entre l’hallucination et la perception. (D. Martuccelli, p.147)
Personnellement j’aime bien Burrough’s …
“ce que nous en faisons n’est que fiction de la réalité”. Moi je remplacerais fiction par subjectivité
“ce qui exige la création de nouveaux systèmes afin de réguler cette impossibilité.”
ces nouveaux systèmes sont ceux de communication.
J’arrete, helas, de me pencher sur Luhmann car, comme le dit ma tutrice, “il faut savoir faire le deuil de certaines lectures” ! Je ne sais si cette modélisation est opérationnelle, mais je ne peux m’empecher de penser qu’elle émane d’un grand paranoiaque.
Merci pour ta contribution,
Cordialement,
Emmanuel
juillet 13, 2008 at 3:55
evocsh vhsyeouc sfmbi qvwh mzbvokx dleux haguptmnb